En revenant ici le poisson que je suis se retrouve au milieu d'eaux troubles où des requins à la dent aiguisée évoluent tout doucement ne s'arrêtant pas de scruter leurs voisins tout en tournant autour d'eux, et si par mégarde vous leur tourneriez le dos trop longtemps, vous subiriez alors leur assaut.
Il faut donc s'intégrer dans son propre pays, là où l'on nous parle d'intégration pour les étrangers ayant migré vers d'autres contrées. En Algérie c'est à ceux qui sont nés ici de faire cette effort d'intégration au péril de se voir rejeter ou mal vus par leurs propres frères et s½urs, ceux-là même, manquant cruellement d'ouverture d'esprit et dénote d'une vacuité intellectuelle doublé de siccité congénital de tolérance.
Il n'est pas une règle absolue que de se sentir bien là où nous sommes venus au monde, alors la solution serait-elle d'aller cherche une autre terre d'accueil ou bien tout simplement rester dans celle d'origine au détriment de notre liberté ? Car on parle bien ici de manque de liberté, non pas juste d'expression mais surtout un manque de liberté d'agir, dont chaque individu aurait le droit de jouir dans son milieu, qu'il soit familial ou professionnel.
Mais comment voulez-vous être vous-même en ayant comme entourage des gens ne comprenant pas ou ne voulant pas comprendre votre différence et pire encore, c'est toute la société qui élève sa descendance dans ce même modèle ne faisant qu'empirer les choses !
Faut-il donc nager vers d'autres mers et océans, accoster sur des terres colonisatrices ou autres nouveaux mondes? Ou bien tout simplement rester, ici n'ayant plus pour simple exutoire que quelques rares sorties qui en l'espace d'une nuit et à l'aide de quelques litres d'aramon vous auront fait tourner la tête en vous donnant l'illusion très éphémère de quitter ce bocal dans lequel vous êtes né et dans lequel vous n'arrêtez pas de tourner en rond tel un poisson rouge ... Cela étant dit on aimerait bien oublier bien vite toutes les turpitudes et les malheurs auxquels nous nous trouvons confrontés au quotidien, et par conséquent hériter de cette fameuse mémoire de poisson rouge.
Malheureusement, en guise de mémoire nous avons celle d'un éléphant n'ayant pour seule défense que sa capacité à se reconnaître dans un miroir et par voie de conséquence avoir cette faculté d'être conscient de ce qui l'entoure sans jamais perdre de vue ce qu'il est.
Car voila tout le problème dans notre société, ceux qui se sentent marginalisés ont tendance à s'oublier eux-mêmes, à ne plus se reconnaître en se regardant dans un miroir et à force de vouloir s'intégrer, ils renoncent de ce fait à leur propre image. Donc après coup, ils deviennent similaires aux autres mammifères du règne animal, qui eux par contre n'arrivent pas à se distinguer et, où chaque individu ne forme non pas une entité à part entière mais un groupe se réunissant autour d'une seule et même pensée.
Pour conclure je dirais que vivre dans son pays ou un autre n'est pas le plus important, il ne faut juste jamais oublier d'où l'on vient, peu importe où nous évoluerons il faut essayer de rester les dignes représentants de nos racines et de nos aïeux.
Quant à moi, si d'aventure ma vie se faisait ailleurs, une chose est sure c'est que je resterais tel un éléphant, qui lorsqu'il sent sa fin proche, se redirige là où tous ses ancêtres ont fini leurs jours.